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 les jolis poèmes (ou extraits)

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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Mar 17 Mar - 16:18

Les Odes de Hafiz sont sur wikisource:

http://fr.wikisource.org/wiki/Quelques_Odes_de_Hafiz/1
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fifty pazi
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Mer 18 Mar - 16:39

http://www.guichetdusavoir.org/download/file.php?id=580&sid=be15bee1d1fc65e82b8ab18d943132f4&mode=view
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Février
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Jeu 19 Mar - 23:58

J'ai tant rêvé de toi

J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant
Et de baiser sur cette bouche la naissance
De la voix qui m'est chère?

J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués
En étreignant ton ombre
A se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
Au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante
Et me gouverne depuis des jours et des années,
Je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.

J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps
Sans doute que je m'éveille.
Je dors debout, le corps exposé
A toutes les apparences de la vie
Et de l'amour et toi, la seule
qui compte aujourd'hui pour moi,
Je pourrais moins toucher ton front
Et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.

J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu'il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu'a être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre
Cent fois que l'ombre qui se promène
Et se promènera allègrement
Sur le cadran solaire de ta vie.

----------

Les espaces du sommeil

Dans la nuit il y a naturellement les sept merveilles du monde et la grandeur et le tragique et le charme.
Les forêts s'y heurtent confusément avec des créatures de légende cachées dans les fourrés.
Il y a toi.
Dans la nuit il y a le pas du promeneur et celui de l'assassin et celui du sergent de ville et la lumière du réverbère et celle de la lanterne du chiffonnier.
Il y a toi.
Dans la nuit passent les trains et les bateaux et le mirage des pays où il fait jour. Les derniers souffles du crépuscule et les premiers frissons de l'aube.
Il y a toi.
Un air de piano, un éclat de voix.
Une porte claque. Une horloge.
Et pas seulement les êtres et les choses et les bruits matériels.
Mais encore moi qui me poursuis ou sans cesse me dépasse.
Il y a toi l'immolée, toi que j'attends.
Parfois d'étranges figures naissent à l'instant du sommeil et disparaissent.
Quand je ferme les yeux, des floraisons phosphorescentes apparaissent et se fanent et renaissent comme des feux d'artifice charnus.
Des pays inconnus que je parcours en compagnie de créatures.
Et y a toi sans doute, ô belle et discrète espionne.
Et l'âme palpable de l'étendue.
Et les parfums du ciel et des étoiles et le chant du coq d'il y a 2000 ans et le cri du paon dans des parcs en flamme et des baisers.
Des mains qui se serrent sinistrement dans une lumière blafarde et des essieux qui grincent sur des routes médusantes.
Il y a toi sans doute que je ne connais pas, que je connais au contraire.
Mais qui, présente dans mes rêves, t'obstines à s'y laisser deviner sans y paraître.
Toi qui restes insaisissable dans la réalité et dans le rêve.
Toi qui m'appartiens de par ma volonté de te posséder en illusion mais qui n'approches ton visage du mien que mes yeux clos aussi bien au rêve qu'à la réalité.
Toi qu'en dépit d'une rhétorique facile où 1e flot meurt sur les plages,
où la corneille vole dans des usines ruine, où le bois pourrit en craquant sous un soleil de plomb.
Toi qui es à la base de mes rêves et qui secoues mon esprit plein de métamorphoses et qui me laisses ton gant quand je baise ta main.
Dans la nuit il y a les étoiles et le mouvement ténébreux de la mer, des fleuves, des forêts, des villes, des herbes, des poumons de millions et millions d'êtres.
Dans la nuit il y a les merveilles du monde.
Dans la nuit il n'y a pas d'anges gardiens, mais il y a le sommeil.
Dans la nuit il y a toi.
Dans le jour aussi.

Robert Desnos
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pan
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Ven 20 Mar - 0:08

<3 <3 <3
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fifty pazi
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Ven 20 Mar - 15:38

LA PIERRE PENSANTE
Pour Saint-François, les pierres avaient une âme, comme toute autre créature de Dieu. Il savait, qu’elles participent du mouvement perpétuel et que leur substance est sujette aux transfigurations, dans la même mesure que les flocons de neige. Les pierres renferment des gisements astraux, des chevelures de métaux, des canalisations de veines, des bouquets de lune, des forêts de souvenirs, des séismes captifs, des océans pétrifiés, des nuages calcinés, des carrières atrophiées, des jardins déshydratés, des soupirs enterrés.
Saint-François les caressait, jouait avec elles, les faisait rire en jonglant avec elles. Et surtout, il aimait s’étendre sur elles. Il s’en faisait un coussin pour dormir et pendant le sommeil, épiait leurs dialogues et apprenait les étranges affinités qui existaient entre le granit et Saturne. Il entendait leur regret d’être ensorcelées, car elles se croyaient prédestinées à planer dans l’éther comme tout ce qui est innocent et béni par Dieu, comme les planètes, pour participer aux cercles qui tournent sans cesse, parcelles de ce perpetuum mobile qui témoigne de la perfection. Leur silence séculaire était un hymne ininterrompu et gradué, mais quelquefois il entendait sourdre derrière leur repos et leur obéissance apparente, la révolte. Tantôt elles étaient les juges d’une tragédie, autour de laquelle se jouait l’existence de l’univers. Tantôt, elles étaient les comparses d’une grande orgie qui tournait en désastre. Elles étaient la couvée des mers en convulsion, des montagnes en douleurs ou de météores renégats.

Nouvelles petites fleurs de Saint François, Claire et Yvan Goll
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BACH



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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Jeu 26 Mar - 2:59

là deux croissants la lune m'a montré
autant de fois pleine nous est décrue
et deux soleils qui m'ont ci rencontré
autant de toi m'ont la mémoire crue
que m'est la force en l'attente recrue
pour le long temps qui tant nous désassemble
que vie et moi ne pouvons être ensemble
car le mourir en cette longue absence
-non toutefois sans vivre en toi - me semble
service égal au souffrir en présence

maurice scève
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fifty pazi
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Sam 11 Avr - 12:52

BAYART
(Extrait, P.O.L.) 1995

Nous allons dresser une table sur la terrasse.    Nous allons,
n'est-ce pas, profiter de la splendeur                   de la saison,
de ce début de printemps, de cette chaleur,         de cette douceur,
de ce léger tremblement de l'air,                         de cette chaleur,
de cette douceur, de cette clarté, de ce soleil,      de ces bruits clairs
et pourtant feutrés, du chant des oiseaux,           dès le lever du soleil,
des aboiements de chien,                                   de cette douceur,
de cette chaleur, de ce ciel bleu, de cette odeur de fleurs, de cette odeur
de terre mouillée, d'herbe mouillée, venez sur la terrasse, nous dresserons
une table, nous allons dresser une table,             dans le carré de lumière
puis l'ombre, lentement, gagnera sur la lumière, les tilleuls
(les deux tilleuls) feront de l'ombre,                      les marronniers feront de la fraîcheur,
il fera, même, peut-être, un peu froid, mais alors, nous nous couvrirons,
il sera toujours temps de se couvrir.                      Nous nous couvrirons
parce que, peut-être, il fera un peu froid.

Et quand le jour baissera, cela deviendra rose et noir. Il fera plus froid encore.
Rose et noir parce que : "rose" (le bleu deviendra rose), "noir" (le vert deviendra noir)
puis le blanc (mais cela ne durera que quelques minutes) deviendra plus blanc encore,
puis il deviendra noir, puis le froid augmentera encore, puis :
on ne verra plus que les masses noires des arbres (il n'y aura, donc, plus de "vert"),
il n'y aura plus d'odeurs, plus de bruits, plus       de couleurs, moins de
douceur, plus de                                                lumière.


Pascale Monnier
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Pulsabisou

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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Sam 11 Avr - 12:56

Eluard, une certaine idée de la Liberté
quoique assez touchant de naïveté.





Joseph Staline



Et mille et mille frères ont porté Karl Marx
Et mille et mille frères ont porté Lénine
Et Staline pour nous est présent pour demain
Staline dissipe aujourd’hui le malheur
La confiance est le fruit de son cerveau d’amour
La grappe raisonnable tant elle est parfaite

Grâce à lui nous vivons sans connaitre d'automne
L'horizon de Staline est toujours renaissant
Nous vivrons sans doute et même au fond de l'ombre
Nous produisons la vie et nous réglons l'avenir
Il n'y a pas pour nous de jour sans lendemain
D'aurore sans midi de fraîcheur sans chaleur

Staline dans le cœur des hommes
Sous sa forme mortelle avec des cheveux gris
Brûlant d’un feu sanguin dans la vigne des hommes
Staline récompense les meilleurs des hommes
Et rend à leurs travaux la vertu du plaisir
Car travailler pour vivre est agir sur la vie

Car la vie et les hommes ont élu Staline
Pour figurer sur terre leurs espoirs sans bornes.



Hommage aux martyrs et aux combattants du ghetto de Varsovie, 1950.
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MONARQUE DU BISOU


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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Dim 12 Avr - 22:55

il n'y a rien de plus affreux qu'un poème partisan, fût-il de la main d'Eluard. pale


**
*


Colloque sentimental


Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

- Te souvient-il de notre extase ancienne?
- Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?

- Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?
Toujours vois-tu mon âme en rêve? - Non.

Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches ! - C'est possible.

- Qu'il était bleu, le ciel, et grand, l'espoir !
- L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Dim 12 Avr - 23:21

oh ! c'est le poème qui a servi à zweig pour écrire Voyage dans le passé
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BACH



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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Ven 24 Avr - 19:32

Sonnet Etienne Jodelle

Comme un qui s’est perdu dans la forest profonde
Loing de chemin, d’oree, et d’adresse, et de gens :
Comme un qui en la mer grosse d’horribles vens,
Se voit presque engloutir des grans vagues de l’onde :

Comme un qui erre aux champs, lors que la nuict au monde
Ravit toute clarté, j’avois perdu long temps
Voye, route, et lumière, et presque avec le sens ;
Perdu long temps l’object, ou plus mon heur se fonde.

Mais comme on voit, (ayans ces maux fini leur tour)
Aux bois, en mer, aux champs, le bout, le port, le jour,
Ce bien present plus grand que son mal on vient croire.

Moy donc qui ay tout tel en votre absence esté,
J’oublie en revoyant vostre heureuse clarté,
Forest, tourmente, et nuict, longue, orageuse, et noire.
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BACH



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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Mer 6 Mai - 0:45

Sonnet, Agrippa d'Aubigné (l'hécatombe à Diane)


Oui, mais ainsi qu'on voit en la guerre civile
Les débats des plus grands, du faible et du vainqueur
De leur douteux combat laisser tout le malheur
Au corps mort du pays, aux cendres d'une ville,

Je suis le champ sanglant où la fureur hostile
Vomit le meurtre rouge, et la scythique horreur
Qui saccage le sang, richesse de mon coeur,
Et en se débattant font leur terre stérile.

Amour, fortune, hélas ! apaisez tant de traits,
Et touchez dans la main d'une amiable paix :
Je suis celui pour qui vous faites tant la guerre.

Assiste, amour, toujours à mon cruel tourment !
Fortune, apaise-toi d'un heureux changement,
Ou vous n'aurez bientôt ni dispute, ni terre.
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fifty pazi
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Mer 6 Mai - 1:03

Poème de Noël 95, Pentti Holappa (dans N'aie pas peur)
(écrit et lu à la radio)

Tu es toi-même, tu m'entends, je te tutoie.
C'est à toi que je parle. Tais-toi juste un instant. Tu entends ma voix, n'est-ce pas.
Tu te souviens comme nous avons été proches jadis, plus proches encore, tout près l'un de l'autre.
Nous dormions tête contre tête, nous veillions la main dans la main.

Une fois encore tu es loin. Je suis à nouveau très loin, quand la blancheur descend parmi l'ombre.
On a balayé les photons sur le plancher du ciel comme des ordures et on les a déversés par-derrière l'horizon.
Ainsi donc il fait nuit, il ne peut faire plus sombre. Ce savoir est une blancheur dans le coeur de l'obscurité.
Vient éclore une fleur noire, grande aux feuilles pesantes, elle a le parfum de la nuit,
le parfum du regret et de l'espoir. De ta peau s'exhale une forêt de pins, dans ton souffle une décade
dont les nuages sont traversés par un vol d'oiseaux qui se posent sur ta poitrine dénudée.

Je t'écris une fois encore, je ne parle qu'à toi. Je chuchote et je me tais.
Je veux dire que tu es le sens, par qui l'eau gèle sur les rivages et fait rage au large.
Les êtres unicellulaires se retirent dans leur coquille au fond de la terre gelée, dans le sable de la côte, ou dans la vase.
L'organisation biologique s'entraîne pour l'aire glaciaire, longue et lente.
Elle se rapproche à pas de géant, elle est déjà là, sur le seuil, dans la salle, dans le studio de location ou dans la maison de famille, mais l'homme est un animal parmi les animaux, et le feu brûle au fond de lui.
L'horloge des cellules scande le temps nerveusement dans les corps vivants.

On écrit des poèmes pour la forme poétique. Le téléphone est déjà inventé.
Je t'ai appelé hier. Tu avais une forte fièvre.
Tu manges des fruits et du miel. Dors bien, fais de beaux rêves sains!
Dans l'obscurité l'homme doit se débrouiller seul.
Personne ne peut le faire pour lui. Mes rêves sont des vêtements
poisseux, en lambeaux, dont on a fait des serpillières,
il n'est plus possible de les laver, mais peu m'importe, d'autres souffrent plus que moi.
A ma façon je suis en bonne santé, définitivement malade.

La poésie donne des droits. On peut marcher, ramper et caquer, on peut voler. L'amour est permis sous toutes ses formes.
Interdite, la caresse est si sensible et donne tant de plaisir.
Je te touche et je disparais vite.
Tu crois qu'une image poétique a effleuré ton front.
Il en reste un stigmate, comme la balafre d'un baiser.

Matériellement, je ne suis pas parvenu près de toi...
A cause de cela je saute dans le cosmos, je cingle à travers les ères géologiques.
Je préférerais venir près de toi, ordinairement.
Je frapperais, je me souviendrais du code de la porte d'entrée, je prendrais l'ascenseur jusqu'au cinquième étage.
Je m'arrêterais pour découvrir le désordre dans la chambre, le lit défait,
la fenêtre aride, ouverte sur la Voie Lactée.
Une guitare est couchée par terre à côté d'une housse ouverte. Les accords vibrent encore.

Il n'en sera rien, je suis si loin.
Force est de partir pour le voyage spatial,
d'abandonner avant de toucher au but,
force est d'avouer qu'on est loin, plus loin encore. Absent.

Humainement parlant je suis un vieillard,
économiquement un fardeau.
A vrai dire je sais être acariâtre et parfait casse-tête.
C'est une forme d'activité, et pas si méchante.
On peut s'en acquitter le sourire aux lèvres.
La retraite, c'est un autre sujet, ça coûte cher.
C'est une dette, en quelque sorte.
Je suis donc par ce biais fort cruel,
une sorte d'usurier, je l'admets.

Où que je me tourne je vois la beauté et la cruauté.
A la corbeille boursière des jeunes gens en chemises blanches détruisent le monde.
Les femmes égales de l'homme ont des ongles de sang.
Il ya des soldats des deux sexes, et c'est drôle.
Les musulmans et les juifs tranchent la gorge des boeufs vivants. Les chrétiens font ça en secret.
De jeunes gens plongent et chassent les animaux marins du sud.
On tue, on tue, et on tue.
Que faire de la métaphysique ici-bas? demandé-je.
On n'a pas besoin de moi, répondé-je.

Nul ne peut franchir un seuil étranger sans en avoir le droit de passage.
Il est vrai que la haine est préjudiciable, et qu'elle taille une plaie dans la main du haineux, mais l'amour aussi fait usage de la violence.
Les saints hommes ne font rien, ils sont, rien de plus,
assis à l'ombre d'un arbre, dans une canicule étouffante,
ils se contemplent en eux-mêmes. Moi aussi j'entrerais en contemplation,
je te verrais à travers des murailles de béton, à plus de mille kilomètres.

Il est inconvenant de proclamer ses sentiments intimes.
Un quart de l'humanité célèbre des fêtes collectives et complaisantes.
Telle est la convention. Aux sans-logis on fait l'aumône,
on oublie l'abattoir, on mange de la viande mûrie.
Qui donc voudrait changer l'ordre du monde!
Aucune foi n'y parviendrait.
Alors on donne un autre nom aux choses.
Jésus est un agneau, son sang est le vin de la communion.
Les enfants ne naissent pas dans le caniveau mais dans la paille dorée.
Les soldats d'Hérode n'aiguisent pas leurs poignards, mais ils tirent de loin.

L'horrible réalité n'est pas toute la vérité.
L'amour existe, même si on ne le vend pas.
L'amitié existe. Sans elle on étouffe.
L'amitié donne du souffle, c'est de l'oxygène,
la vie en produit - le plancton, les forêts de conifères et les tropiques.
L'homme est un loup, un fauve solitaire nostalgique du troupeau.
L'homme est pour l'homme la rosée matinale et les rougeurs du crépuscule,
même l'eau gelée fleurit sur le carreau de la fenêtre.
La beauté existe.
Pour les autres animaux l'homme est un homme.
La sympathie est une carapace fragile pour les sans-abris.
Je pianote sur l’ordinateur et j’imagine que je suis un chien perdu loin de sa niche.
Je plonge dans les vagues, je suis une baleine qu’un harpon a blessée,
bébé phoque, et le coup de massue s’abat,
renard verrouillé dans une cage, raton laveur, vison.
On me nourrit, on m’écorchera.
La peau sera mise à sécher, tendue en croix.
Je précise, soyons clair, je suis un animal cloué en croix.
A chaque instant, je sais que j’existe.
En moi je sens remuer de petites espérances et une grande peur.
Dans nombre de langues, on appelle ça l'âme.
Elle est éternelle, si on y croit.
On peut l’offrir, et on peut la voler.
C’est un objet d’imagination. Comme toi, et moi. La douleur aussi,
l’amour et la paix de l’âme. Penser à l’existence, c’est déjà l’existence,
aussi ferme et inébranlable, aussi transparente, chaque jour différente.

Le bonheur est éphémère, mais il renaît sans cesse.
On enterre les déceptions, et l’illusion repousse.
Elle fleurira demain.
Dans mon cœur, je fais pousser pour toi
des tulipes, des jacinthes, des flammes de bougie
pour toi, qui es un million.
Le cœur est un symbole, la fleur ne l’est pas, elle est faite de chair vivante.
Tu la touches et tu es réel. Tant d’existences qui sont les tiennes.
Les draps purs pour un soir de fête je les ai ouverts pour toi.
Il pleut des étoiles dans notre lit, cependant que nous sommeillons.
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Mer 6 Mai - 1:05

Tous les morts sont ivres de pluie vieille et sale
Au cimetière étrange de Lofoten.
L'horloge du dégel tictaque lointaine
Au coeur des cercueils pauvres de Lofoten.

Et grâce aux trous creusés par le noir printemps
Les corbeaux sont gras de froide chair humaine;
Et grâce au maigre vent à la voix d'enfant
Le sommeil est doux aux morts de Lofoten.

Je ne verrai très probablement jamais
Ni la mer ni les tombes de Lofoten.
Et pourtant c'est en moi comme si j'aimais
Ce lointain coin de terre et toute sa peine.

Vous disparus, vous suicidés, vous lointaines
Au cimetière étranger de Lofoten
- Le nom sonne à mon oreille étrange et doux,
Vraiment, dites-mois, dormez-vous, dormez-vous?

- Tu pourrais me conter des choses plus drôles
Beau claret dont ma coupe d'argent est pleine,
Des histoires plus charmantes ou moins folles;
Laisse-moi tranquille avec ton Lofoten.

Il fait bon. Dans le foyer doucement traîne
La voix du plus mélancolique des mois.
- Ah! Les morts, y compris ceux de Lofoten -
Les morts, les morts sont au fond moins morts que moi...

Oscar Vladimir de Lubicz Milosz
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Mer 6 Mai - 16:28

L'aube, dizain Pernette du Guillet (amante du tresobscure Maurice Scève)

La nuict estoit pour moy si tresobscure,
Que Terre, & Ciel elle m’obscurissoit,
Tant, qu’à Midy de discerner figure
N’avois pouvoir, qui fort me marrissoit :

Mais quand je vis que l’aulbe apparoissoit
En couleurs mille & diuerse, & seraine,
Je me trouvay de liesse si pleine
(Voyant desjà la clarté a la ronde)
Que commençay louer a voix haultaine
Celuy, qui feit pour moy ce Jour au Monde.
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MONARQUE DU BISOU


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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Sam 9 Mai - 19:39

Merlin et la vieille femme, du très-évident Apollinaire


Le soleil ce jour-là s’étalait comme un ventre
Maternel qui saignait lentement sur le ciel
La lumière est ma mère ô lumière sanglante
Les nuages coulaient comme un flux menstruel

Au carrefour où nulle fleur sinon la rose
Des vents mais sans épine n’a fleuri l’univers
Merlin guettait la vie et l’éternelle cause
Qui fait mourir et puis renaître l’univers

Une vieille sur une mule à chape verte
S’en vint suivant la berge du fleuve en aval
Et l’antique Merlin dans la plaine déserte
Se frappait la poitrine en s’écriant Rival

Ô mon être glacé dont le destin m’accable
Dont ce soleil de chair grelotte veux-tu voir
Ma Mémoire venir et m’aimer ma semblable
Et quel fils malheureux et beau je veux avoir

Son geste fit crouler l’orgueil des cataclysmes
Le soleil en dansant remuait son nombril
Et soudain le printemps d’amour et d’héroïsme
Amena par la main un jeune jour d’avril

Les voies qui viennent de l’ouest étaient couvertes
D’ossements d’herbes drues de destins et de fleurs
Des monuments tremblants près des charognes vertes
Quand les vents apportaient des poils et des malheurs

Laissant sa mule à petits pas s’en vint l’amante
À petits coups le vent défripait ses atours
Puis les pâles amants joignant leurs mains démentes
L’entrelac de leurs doigts fut leur seul laps d’amour

Elle balla mimant un rythme d’existence
Criant depuis cent ans j’espérais ton appel
Les astres de ta vie influaient sur ma danse
Morgane regardait du haut du mont Gibel

Ah ! qu’il fait doux danser quand pour vous se déclare
Un mirage où tout chante et que les vents d’horreur
Feignant d’être le rire de la lune hilare
Et d’effrayer les fantômes avant-coureurs

J’ai fait des gestes blancs parmi les solitudes
Des lémures couraient peupler les cauchemars
Mes tournoîments exprimaient les béatitudes
Qui toutes ne sont rien qu’un pur effet de l’Art

Je n’ai jamais cueilli que la fleur d’aubépine
Aux printemps finissants qui voulaient défleurir
Quand les oiseaux de proie proclamaient leurs rapines
D’agneaux mort-nés et d’enfants-dieux qui vont mourir

Et j’ai vieilli vois-tu pendant ta vie je danse
Mais j’eusse été tôt lasse et l’aubépine en fleurs
Cet avril aurait eu la pauvre confidence
D’un corps de vieille morte en mimant la douleur

Et leurs mains s’élevaient comme un vol de colombes
Clarté sur qui la nuit fondit comme un vautour.
Puis Merlin s’en alla vers l’est disant Qu’il monte
Le fils de la Mémoire égale de l’Amour

Qu’il monte de la fange ou soit une ombre d’homme
Il sera bien mon fils mon ouvrage immortel
Le front nimbé de feu sur le chemin de Rome
Il marchera tout seul en regardant le ciel

La dame qui m’attend se nomme Viviane
Et vienne le printemps des nouvelles douleurs
Couché parmi la marjolaine et les pas-d’âne
Je m’éterniserai sous l’aubépine en fleurs
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Dim 10 Mai - 12:26

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ritaline



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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Lun 18 Mai - 12:55

« Qu’y a-t-il maintenant hors de nous ? » — « Personne. » — « Qui est le lointain
et qui est le prochain ? » — « Nous ici et nous là-bas. » — « Et qui le plus vieux et
le plus jeune ? » — « Nous. » — « Et qui doit être glorifié, qui vient vers nous, qui
nous attend ? » — « Nous. » — « Et ce soleil, d’où tient-il sa lumière ? » — « De
nous seuls. » — « Et le ciel, quel est-il ? » — « La solitude qui est en nous.»
— « Et qui donc doit être aimé ? » « C’est moi. »

beckett, l'innommable
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Pulsabisou

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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Mar 2 Juin - 14:51

pour Jad
les vieux coppées en langue de vipère
(décrivant ou faisant parler Rimbaud en vadrouille...)




Ultissima verba



Épris d'absinthe pure et de philomathie
Je m'emmerde et pourtant au besoin j'apprécie
Les théâtres qu'on peut avoir et les Gatti.
"Quatre-vingt-treize" a des beautés et c'est senti
Comme une merde, quoi qu'en disent Cros et Tronche
Et l'Acadême où les Murgers boivent du ponche.
Mais plus de bleus et la daromphe m'a chié.
C'est triste et merde alors et que foutre ? J’y ai
Pensé beaucoup. Carlisse ? Ah ! non, c'est rien qui vaille
À cause de l'emmerdement de la mitraille !


Lettre de Delahaye à Verlaine - 24 août 1875.







Et quoi de l'Oestre (Rimbaud) ?

La sale bête ! (En général). Et je m'enmerde [sic] !
Malheur ! Faut-il qu'un temps si précieux se perde ?
Le russe est sû [sic], l'arabe applique, et j'ai cent mots
D'aztec, mais quand viendront ces cent balles ! Chameaux !
Va donc ! Et me voici truffard pour un semesse,
Et c'est Pipo qu'il faut (quoiqu'au fond je m'en fesse
Eclater la sous-ventrière !) Merde à chien !
Ingénieur, à l'étranger, çà fait très-bien,
Mais la braise ? Faut-il que tout ce temps se perde ?
Mon pauvre cœur bave à la quoi, bave à la merde !


Lettre de Verlaine à Delahaye - 26 octobre 1875








Dargnières nouvelles


C'est pas injuss' d'se voir dans un' pareill' situate ?
Et pas la queu' d'un pauv' Keretzer sous la patte !
J'arrive à Vienne avec les meyeurs intentions
(sans compter que j'compt' sur des brevets d'invention).
En arrêvant j'me coll' quequ'Fanta comm' de jusse.
Bon ! V'la qu'un cocher d'fiac m'vol tout, c'est pas injusse ?
Voui, m'fait tout jusqu'à ma limace et mon grimpant
Et m'plant' là dans la Strass' par un froid pas foutant.
Non ! vrai, pour un début en v'la-t-y un d'triomphe !
Ah ! la sal'bête ! Encor plus pir' que la daromphe !


Lettre de Verlaine à Delahaye - 24 mars 1876
"L'accent parisiano-ardennais desideratur"






O la la, j'ai rien fait du ch'min d'puis mon dergnier
Coppée ! Il est vrai qu' j'en suis chauv' comme un pagnier
Percé, que j'sens quent' chos' dans l'gôsier qui m'rtisse,
Qu' j'ai dans l' dos comm' des avant goûts d'un rhumatisse
Et que j'emmerd' plus seuq' jamais. Mais c'est-n-égal
J'aurai prom'né ma gueule infecte au Sénégal
Et vu Sainte Hélèn' (merde à Badingue) un' rud' noce,
Quoi ! Mais tout çà c'est pas sérieux. J'rêve eud' négoce
Maint'nant, et plein d'astuss', j'baluchonn' des vieill's plaqu's
D'assuranc', pour revend' cont' du rhum aux Kanaks !


Lettre de Verlaine à Delahaye - juillet 1876





Ah merde alors, j'aim' mieux l'Café
         d'Suèd' que la Suède
Ell'même, oùsque c'est la mêm chos',
         — un peu plus raide
Peutêt' qu'un hiver dans c'te Franc'
         (que j'chie un peu
Mon n'veu, d'ailleurs) Et pis des
         Consuls, Cré-vingt-gnieu
Comme s'il en pleuvait dans ce pays
         de neige !
Alors quoi ? Jusqu'à nouvel ord' j'flâne en Norvège !
Où çà, n'ensuite, aller ? Çà m'la coupe à la fin
Tous ces bâtons (merdeux) dans les rou's d'mon destin...
                                             (Rêveur)
... Si j'rappliquais pour un trimesse à Charlepompe
(à merde) ?, histoire eud'faire un peu suer la darompe ?


Lettre de Verlaine à Delahaye - 18 juillet 1877.
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BACH



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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Sam 6 Juin - 23:48

Chanson, Malherbes

Toute nuit enfin se termine ;
La mienne seule a ce destin,
Que d’autant plus qu’elle chemine,
Moins elle approche du matin.
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Dim 7 Juin - 4:48

Rondeau, Charles d'Orléans

D'espoir ? Il n'en est nouvelles.
- Qui le dit ? - Merencolie.
- Elle ment. - Je le vous nye.
- A ! a ! vous tenez ses querelles!

- Non faiz, mais paroles telles
Courent, je vous le certiffie.
D'espoir ? Il n'en est nouvelles.
- Qui le dit ? - Merencolie.

- Parlons doncques d'autres. - Quelles ?
- De celle dont je me rie.
- Peu j'en scay. - Or je vous prie
que m'en contez des plus belles.
- D'espoir ? Il n'en est de nouvelles.
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Dim 7 Juin - 5:05

Escollier de Merencolye

Escollier de Merencolye
De verges de Soussy batu;
Je suis à l'estude tenu,
Es derreniers jours de ma vye.

Si j'ay ennuy, n'en doubtez mye,
Quant mes sens vieillart devenu,
Escollier de Merencolye
Des verges de Soussy batu !

Pitié convient que pour moy prie
Qui me treuve tout esperdu
Mon temps je pers et ay perdu,
Comme rassoté en follye,
Escollier de Merencolye.
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au revoir au revoir
MONARQUE DU BISOU


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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Dim 7 Juin - 22:23

Soir


Une fois à l’an, on rencontre une fille aux grands yeux qui brulent
D’une brulure ancienne, bien connue ;
L’ombre du café s’émeut contre sa peau
Son nom a tinté sur l’ovale des grands verres
Et fait frémir les rideaux – non ce n'est pas un fantôme
Qui rentre ou qui sort – seulement une fille plus belle que le monde.

On l’aime un peu déjà, elle nous plait tant, et on voudrait l’asseoir
Sous un grand peuplier, pour bavarder de tout de rien,
Indistinctement, tout le jour et toute la nuit ; on voudrait finir sa vie
A la porte battante du café, entre ses mots et ses silences
Et n’avoir jamais rien connu d’autre.

Comme les collines se meuvent quand on ne les regarde pas
Comme elles, nous marchons pour d’autres réalités ;
Personne ne sait.
Les boiseries, peut-être, qui nous contemplent jalousement.
L’humanité s’est éteinte avec les dernières lumières des fenêtres.
Il ne reste plus que nos deux consciences, et aux façades les lanternes
Qui espèrent la nuit courte ; et nous l’espérons longue.

Dehors les enseignes battent sans raison, au vent de Novembre
Mais nous n’y pensons guère. Les guitares jouent des mélodies nouvelles
Qui se perdent pour toujours dans la nuit oublieuse.
Ceux qui tout à l’heure grattaient leurs instruments de nerf se sont endormis
Dans leur vin et leurs chants et dans les ritournelles de leur vie.

Maintenant elle fume et elle a l’odeur du pain chaud
Qui cuit dans le four, et fume dans le petit matin, au seuil de la ruelle.
Je lui parle d’amour et elle rit comme un garçon
Sans manière ni mystère. Le mystère nous ennuie, et nous avons tant à dire
Que nous parlons plus que le vin et plus que les fous.

Nous sortons pour prendre l’air ou pour se dire au revoir.
L’indécision est parfois si douce - quand elle se balance à sa robe d’un côté puis de l’autre -
Il est déjà tard. Un peu de tristesse perce la pénombre. Ce n’est rien que le soir.
Il n’y a plus un bruit ; sauf, parfois, celui des mobylettes folles
Dont les clameurs secouent la ville déjà trop épuisée,
Qui foncent dans les rues
Pour ramener la vie est ses rumeurs
Où elle a désertée.


Léo-Paul Charpentier
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Lun 8 Juin - 20:08


Laeti et Errabundi Verlaine

Les courses furent intrépides
(Comme aujourd'hui le repos pèse !)
Par les steamers et les rapides.
(Que me veut cet at home obèse ?)

Nous allions, - vous en souvient-il,
Voyageur où ça disparu ? -
Filant légers dans l'air subtil,
Deux spectres joyeux, on eût cru !

Car les passions satisfaites
Insolemment outre mesure
Mettaient dans nos têtes des fêtes
Et dans nos sens, que tout rassure,

Tout, la jeunesse, l'amitié,
Et nos cœurs, ah ! que dégagés
Des femmes prises en pitié
Et du dernier des préjugés,

Laissant la crainte de l'orgie
Et le scrupule au bon ermite,
Puisque quand la borne est franchie
Ponsard ne veut plus de limite.

Entre autres blâmables excès
Je crois que nous bûmes de tout,
Depuis les plus grands vins français
Jusqu'à ce faro, jusqu'au stout,

En passant par les eaux-de-vie
Qu'on cite comme redoutables,
L'âme au septième ciel ravie,
Le corps, plus humble, sous les tables.


Des paysages, des cités
Posaient pour nos yeux jamais las ;
Nos belles curiosités
Eussent mangé tous les atlas.

Fleuves et monts, bronzes et marbres,
Les couchants d'or, l'aube magique,
L'Angleterre, mère des arbres,
Fille des beffrois, la Belgique,


La mer, terrible et douce au point, —
Brochaient sur le roman très cher
Que ne discontinuait point
Notre âme, — et quid de notre chair ?…

Le roman de vivre à deux hommes
Mieux que non pas d'époux modèles,
Chacun au tas versant des sommes
De sentiments forts et fidèles.

L'envie aux yeux de basilic
Censurait ce mode d'écot :
Nous dînions du blâme public
Et soupions du même fricot.

La misère aussi faisait rage
Par des fois dans le phalanstère :
On ripostait par le courage,
La joie et les pommes de terre.

Scandaleux sans savoir pourquoi,
(Peut-être que c'était trop beau)
Mais notre couple restait coi
Comme deux bons porte-drapeau,

Coi dans l'orgueil d'être plus libres
Que les plus libres de ce monde,
Sourd aux gros mots de tous calibres,
Inaccessible au rire immonde.


Nous avions laissé sans émoi
Tous impédiments dans Paris,
Lui quelques sots bernés, et moi
Certaine princesse Souris,

Une sotte qui tourna pire...
Puis soudain tomba notre gloire,
Tels nous des maréchaux d'empire
Déchus en brigands de la Loire,

Mais déchus volontairement.
C'était une permission,
Pour parler militairement,
Que notre séparation,

Permission sous nos semelles,
Et depuis combien de campagnes !
Pardonnâtes-vous aux femelles ?
Moi j'ai peu revu ces compagnes,

Assez toutefois pour souffrir.
Ah, quel cœur faible que mon cœur !
Mais mieux vaut souffrir que mourir
Et surtout mourir de langueur.

On vous dit mort, vous. Que le Diable
Emporte avec qui la colporte
La nouvelle irrémédiable
Qui vient ainsi battre ma porte !


Je n'y veux rien croire. Mort, vous,
Toi, dieu parmi les demi-dieux !
Ceux qui le disent sont des fous.
Mort, mon grand péché radieux,

Tout ce passé brûlant encore
Dans mes veines et ma cervelle
Et qui rayonne et qui fulgore
Sur ma ferveur toujours nouvelle !

Mort tout ce triomphe inouï
Retentissant sans frein ni fin
Sur l'air jamais évanoui
Que bat mon cœur qui fut divin !

Quoi, le miraculeux poème
Et la toute-philosophie,
Et ma patrie et ma bohème
Morts ? Allons donc ! tu vis ma vie !
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Lun 8 Juin - 20:09

Kaléidoscope, Verlaine

(A Germain Nouveau)

Dans une rue, au coeur d'une ville de rêve
Ce sera comme quand on a déjà vécu :
Un instant à la fois très vague et très aigu...
Ô ce soleil parmi la brume qui se lève !

Ô ce cri sur la mer, cette voix dans les bois !
Ce sera comme quand on ignore des causes ;
Un lent réveil après bien des métempsycoses :
Les choses seront plus les mêmes qu'autrefois

Dans cette rue, au coeur de la ville magique
Où des orgues moudront des gigues dans les soirs,
Où les cafés auront des chats sur les dressoirs
Et que traverseront des bandes de musique.

Ce sera si fatal qu'on en croira mourir :
Des larmes ruisselant douces le long des joues,
Des rires sanglotés dans le fracas des roues,
Des invocations à la mort de venir,

Des mots anciens comme un bouquet de fleurs fanées !
Les bruits aigres des bals publics arriveront,
Et des veuves avec du cuivre après leur front,
Paysannes, fendront la foule des traînées

Qui flânent là, causant avec d'affreux moutards
Et des vieux sans sourcils que la dartre enfarine,
Cependant qu'à deux pas, dans des senteurs d'urine,
Quelque fête publique enverra des pétards.

Ce sera comme quand on rêve et qu'on s'éveille,
Et que l'on se rendort et que l'on rêve encor
De la même féerie et du même décor,
L'été, dans l'herbe, au bruit moiré d'un vol d'abeille.
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