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 les jolis poèmes (ou extraits)

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au revoir au revoir
MONARQUE DU BISOU


Messages : 553
Date d'inscription : 30/10/2014
Age : 19

MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Mar 21 Juil - 21:28

Assemble la saveur de l'homme - pense, en marchant, voici le ciel et le toit; voici le toit et les vitres; les vitres et les arbres; le soleil, et des hommes effilés/dépouillés/émondés/ (des figures grises), des visages gris de dames, glissant parmi des voitures plates, entre les miroirs et les roues de feu. Une délicate rue, falaise d'ombre bleue aux balcons/veloutés/de velours se déplie, et noyés par le pur sol immense, qui les emporte, et d'où une lumière égale remonte et les inonde, les hommes et les femmes, ou leurs groupes roulants, se défont et se refont et flottent, traversant la vue des jardins, se fondant et se distinguant/divisant/au soleil. Le ciel court, le drapeau montre le vent, bien droit et tendu; la forme continuelle dorée et simple, évidente, d'une rivière, est là, eau silencieuse et la population.


*


... Et maintenant, tu pars.
Déjà voici la fonte de la ville entière qui se défait dans l'eau et voici travailler/s'émouvoir/et rouler les unes sur les autres/s'effiler/ les grandes images colorées de la terre, la fumée des champs, des plaines emportées, les contours des terres, et des sables, les morceaux verdâtres, voici enfin sur le dernier fil de la mer pendre la dernière montagne comme une grosse goutte bleuissante et qui tombe dans une vague dressée.


*

Le soleil fond et se liquéfie, se déverse sur les dômes et les tuiles, dans un marécage de toits abondants,
dans un abondant marécage de toitures magnifiques


*


Le fleuve, long poil, cheveu de verre -
le ciel/air/tout velu, de lueur, de lumière = ciel lion
morceau d'ambre -
large goutte - sucre dans l'eau
à midi, meule rayonnante,
le soir, un feu sur lequel du sucre fond dans l'eau.


*


Nous buvons le passage délicieux. Nous voyons la clarté tachetée faire sourire au hasard, toute personne; fuir sur un visage de femme hâtive qui glisse et se brode parmi les voitures minces, entre les roues de feu. Une pâle rue, falaise d'ombre tendre aux balcons veloutés, se suspend, abrupte, là, à un ciel légèrement velu de lumière; et d'où remonte le jour, les passants sont venus, nous ressemblent, et se diviseront au soleil.

Nous écoutons, d'une oreille délicate, le mélange du bruit de la rue ample, pleine des nuances abondantes du pas des chevaux touffus et de l'homme interminable, qui anime vaguement les profondeurs, leur faisant gronder comme un songe une sorte de nombre confus dont la grandeur tremble et imite les marches, la mue opulente du monde, les transformations des indifférents les uns dans les autres, la présence générale de la foule.


*


Mahmoud s'étendit sur le dos sur le sommet étroit du mont et il vit et pensa :
Et il voulut fortement connaître la loi et le principe, et il les devint.
Il regarda des yeux le haut du ciel et en même temps toutes les formes de son esprit.
Toutes les formes et un seul soleil -
Tout ce qu'il voyait entrait en vie dans son esprit et mourait au-delà.
Tout ce qui entrait dans son esprit prenait le mouvement et la force et prenait une force propre.
Tout ce qui naissait dans son esprit prenait la couleur de la lumière régnante et l'intrépidité du rayon qui arrive.
[Et il dit: je suis la loi du réel et la lumière.]


petits fragments de mauvaise facture tirés des Cahiers de Valery
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Jeu 23 Juil - 18:25

Cantique des cantiques 1


1. ’’Cantique des cantiques, de Salomon.’’

2. Qu’il me baise des baisers de sa bouche !
Car ton amour vaut mieux que le vin,

3. tes parfums ont une odeur suave ;
ton nom est un parfum qui se répand ;
c’est pourquoi les jeunes filles t’aiment.

4. Entraîne-moi après toi !
Nous courrons !
Le roi m’introduit dans ses appartements...
Nous nous égaierons, nous nous réjouirons à cause de toi ;
nous célébrerons ton amour plus que le vin.
C’est avec raison que l’on t’aime.

5. Je suis noire, mais je suis belle, filles de Jérusalem,
comme les tentes de Kédar, comme les pavillons de Salomon.

6. Ne prenez pas garde à mon teint noir :
C’est le soleil qui m’a brûlée.
Les fils de ma mère se sont irrités contre moi,
ils m’ont faite gardienne des vignes.
Ma vigne, à moi, je ne l’ai pas gardée.

7. Dis-moi, ô toi que mon cœur aime,
où tu fais paître tes brebis,
où tu les fais reposer à midi ;
car pourquoi serais-je comme une égarée
près des troupeaux de tes compagnons ?

8. Si tu ne le sais pas, ô la plus belle des femmes,
sors sur les traces des brebis,
et fais paître tes chevreaux
près des demeures des bergers.

9. À ma jument qu’on attelle aux chars de Pharaon
je te compare, ô mon amie.

10. Tes joues sont belles au milieu des colliers,
ton cou est beau au milieu des rangées de perles.

11. Nous te ferons des colliers d’or,
avec des points d’argent.

12. - Tandis que le roi est dans son entourage,
mon nard exhale son parfum.

13. Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe,
qui repose entre mes seins.

14. Mon bien-aimé est pour moi une grappe de troëne
des vignes d’En-Guédi.

15. - Que tu es belle, mon amie, que tu es belle !
Tes yeux sont des colombes.

16. - Que tu es beau, mon bien-aimé, que tu es aimable !
Notre lit, c’est la verdure.

17. - Les solives de nos maisons sont des cèdres,
nos lambris sont des cyprès.


Cantique des cantiques 2


1. - Je suis un narcisse de Saron,
un lis des vallées.

2. - Comme un lis au milieu des épines,
telle est mon amie parmi les jeunes filles.

3. - Comme un pommier au milieu des arbres de la forêt,
tel est mon bien-aimé parmi les jeunes hommes.
J’ai désiré m’asseoir à son ombre,
et son fruit est doux à mon palais.

4. Il m’a fait entrer dans la maison du vin ;
et la bannière qu’il déploie sur moi, c’est l’amour.

5. Soutenez-moi avec des gâteaux de raisins,
fortifiez-moi avec des pommes ;
car je suis malade d’amour.

6. Que sa main gauche soit sous ma tête,
et que sa droite m’embrasse !

7. - Je vous en conjure, filles de Jérusalem,
par les gazelles et les biches des champs,
ne réveillez pas, ne réveillez pas l’amour,
avant qu’elle le veuille.

8. C’est la voix de mon bien-aimé !
Le voici, il vient,
sautant sur les montagnes,
bondissant sur les collines.

9. Mon bien-aimé est semblable à la gazelle
ou au faon des biches.
Le voici, il est derrière notre mur,
il regarde par la fenêtre,
il regarde par le treillis.

10. Mon bien-aimé parle et me dit :
Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens !

11. Car voici, l’hiver est passé ;
la pluie a cessé, elle s’en est allée.

12. Les fleurs paraissent sur la terre,
le temps de chanter est arrivé,
et la voix de la tourterelle se fait entendre dans nos campagnes.

13. Le figuier embaume ses fruits,
et les vignes en fleur exhalent leur parfum.
Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens !

14. Ma colombe, qui te tiens dans les fentes du rocher,
qui te caches dans les parois escarpées,
fais-moi voir ta figure,
fais-moi entendre ta voix ;
car ta voix est douce, et ta figure est agréable.

15. Prenez-nous les renards,
les petits renards qui ravagent les vignes ;
car nos vignes sont en fleur.

16. Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui ;
il fait paître son troupeau parmi les lis.

17. Avant que le jour se rafraîchisse,
et que les ombres fuient,
reviens !... sois semblable, mon bien-aimé,
à la gazelle ou au faon des biches,
sur les montagnes qui nous séparent.


Cantique des cantiques 3


1. Sur ma couche, pendant les nuits,
j’ai cherché celui que mon cœur aime ;
je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé...

2. Je me lèverai, et je ferai le tour de la ville,
dans les rues et sur les places ;
je chercherai celui que mon cœur aime...
Je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé.

3. Les gardes qui font la ronde dans la ville m’ont rencontrée :
Avez-vous vu celui que mon cœur aime ?

4. À peine les avais-je passés,
que j’ai trouvé celui que mon cœur aime ;
je l’ai saisi, et je ne l’ai point lâché
jusqu’à ce que je l’aie amené dans la maison de ma mère,
dans la chambre de celle qui m’a conçue.

5. Je vous en conjure, filles de Jérusalem,
par les gazelles et les biches des champs,
ne réveillez pas, ne réveillez pas l’amour,
avant qu’elle le veuille.

6. Qui est celle qui monte du désert,
comme des colonnes de fumée,
au milieu des vapeurs de myrrhe et d’encens
et de tous les aromates des marchands ?

7. Voici la litière de Salomon,
et autour d’elle soixante vaillants hommes,
des plus vaillants d’Israël.

8. Tous sont armés de l’épée,
sont exercés au combat ;
chacun porte l’épée sur sa hanche,
en vue des alarmes nocturnes.

9. Le roi Salomon s’est fait une litière
de bois du Liban.

10. Il en a fait les colonnes d’argent,
le dossier d’or,
le siège de pourpre ;
au milieu est une broderie, œuvre d’amour
des filles de Jérusalem.

11. Sortez, filles de Sion, regardez
le roi Salomon,
avec la couronne dont sa mère l’a couronné
le jour de ses fiançailles,
le jour de la joie de son cœur.


Cantique des cantiques 4


1. Que tu es belle, mon amie, que tu es belle !
Tes yeux sont des colombes,
derrière ton voile.
Tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres,
suspendues aux flancs de la montagne de Galaad.

2. Tes dents sont comme un troupeau de brebis tondues,
qui remontent de l’abreuvoir ;
toutes portent des jumeaux,
aucune d’elles n’est stérile.

3. Tes lèvres sont comme un fil cramoisi,
et ta bouche est charmante ;
ta joue est comme une moitié de grenade,
derrière ton voile.

4. Ton cou est comme la tour de David,
bâtie pour être un arsenal ;
mille boucliers y sont suspendus,
tous les boucliers des héros.

5. Tes deux seins sont comme deux faons,
comme les jumeaux d’une gazelle,
qui paissent au milieu des lis.

6. Avant que le jour se rafraîchisse,
et que les ombres fuient,
j’irai à la montagne de la myrrhe
et à la colline de l’encens.

7. Tu es toute belle, mon amie,
et il n’y a point en toi de défaut.

8. Viens avec moi du Liban, ma fiancée,
viens avec moi du Liban !
Regarde du sommet de l’Amana,
du sommet du Senir et de l’Hermon,
des tanières des lions,
des montagnes des léopards.

9. Tu me ravis le cœur, ma sœur, ma fiancée,
tu me ravis le cœur par l’un de tes regards,
par l’un des colliers de ton cou.

10. Que de charmes dans ton amour, ma sœur, ma fiancée !
Comme ton amour vaut mieux que le vin,
et combien tes parfums sont plus suaves que tous les aromates !

11. Tes lèvres distillent le miel, ma fiancée ;
il y a sous ta langue du miel et du lait,
et l’odeur de tes vêtements est comme l’odeur du Liban.

12. Tu es un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée,
une source fermée, une fontaine scellée.

13. Tes jets forment un jardin, où sont des grenadiers,
avec les fruits les plus excellents,
les troënes avec le nard ;

14. Le nard et le safran, le roseau aromatique et le cinnamome,
avec tous les arbres qui donnent l’encens ;
la myrrhe et l’aloès,
avec tous les principaux aromates ;

15. Une fontaine des jardins,
une source d’eaux vives,
des ruisseaux du Liban.

16. Lève-toi, aquilon ! viens, autan !
Soufflez sur mon jardin, et que les parfums s’en exhalent !
Que mon bien-aimé entre dans son jardin,
et qu’il mange de ses fruits excellents !


Cantique des cantiques 5



1. J’entre dans mon jardin, ma sœur, ma fiancée ;
je cueille ma myrrhe avec mes aromates,
je mange mon rayon de miel avec mon miel,
je bois mon vin avec mon lait...
Mangez, amis, buvez, enivrez-vous d’amour !

2. J’étais endormie, mais mon cœur veillait...
C’est la voix de mon bien-aimé, qui frappe :
Ouvre-moi, ma sœur, mon amie,
ma colombe, ma parfaite !
Car ma tête est couverte de rosée,
mes boucles sont pleines des gouttes de la nuit.

3. - J’ai ôté ma tunique ; comment la remettrais-je ?
J’ai lavé mes pieds ; comment les salirais-je ?

4. Mon bien-aimé a passé la main par la fenêtre,
et mes entrailles se sont émues pour lui.

5. Je me suis levée pour ouvrir à mon bien-aimé ;
et de mes mains a dégoutté la myrrhe,
de mes doigts, la myrrhe répandue
sur la poignée du verrou.

6. J’ai ouvert à mon bien-aimé ;
mais mon bien-aimé s’en était allé, il avait disparu.
J’étais hors de moi, quand il me parlait.
Je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé ;
je l’ai appelé, et il ne m’a point répondu.

7. Les gardes qui font la ronde dans la ville m’ont rencontrée ;
ils m’ont frappée, ils m’ont blessée ;
ils m’ont enlevé mon voile, les gardes des murs.

8. Je vous en conjure, filles de Jérusalem,
si vous trouvez mon bien-aimé,
que lui direz-vous ?...
Que je suis malade d’amour.

9. Qu’a ton bien-aimé de plus qu’un autre,
ô la plus belle des femmes ?
Qu’a ton bien-aimé de plus qu’un autre,
pour que tu nous conjures ainsi ?

10. Mon bien-aimé est blanc et vermeil ;
il se distingue entre dix mille.

11. Sa tête est de l’or pur ;
ses boucles sont flottantes,
noires comme le corbeau.

12. Ses yeux sont comme des colombes au bord des ruisseaux,
se baignant dans le lait,
reposant au sein de l’abondance.

13. Ses joues sont comme un parterre d’aromates,
une couche de plantes odorantes ;
ses lèvres sont des lis,
d’où découle la myrrhe.

14. Ses mains sont des anneaux d’or,
garnis de chrysolithes ;
son corps est de l’ivoire poli,
couvert de saphirs ;

15. Ses jambes sont des colonnes de marbre blanc,
posées sur des bases d’or pur.
Son aspect est comme le Liban,
distingué comme les cèdres.

16. Son palais n’est que douceur,
et toute sa personne est pleine de charme.
Tel est mon bien-aimé, tel est mon ami,
filles de Jérusalem !


Cantique des cantiques 6


1. Où est allé ton bien-aimé,
ô la plus belle des femmes ?
De quel côté ton bien-aimé s’est-il dirigé ?
Nous le chercherons avec toi.

2. Mon bien-aimé est descendu à son jardin,
au parterre d’aromates,
pour faire paître son troupeau dans les jardins,
et pour cueillir des lis.

3. Je suis à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est à moi ;
il fait paître son troupeau parmi les lis.

4. Tu es belle, mon amie, comme Thirtsa,
agréable comme Jérusalem,
mais terrible comme des troupes sous leurs bannières.

5. Détourne de moi tes yeux, car ils me troublent.
Tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres,
suspendues aux flancs de Galaad.

6. Tes dents sont comme un troupeau de brebis,
qui remontent de l’abreuvoir ;
toutes portent des jumeaux,
aucune d’elles n’est stérile.

7. Ta joue est comme une moitié de grenade,
derrière ton voile...

8. Il y a soixante reines, quatre-vingts concubines,
et des jeunes filles sans nombre.

9. Une seule est ma colombe, ma parfaite ;
elle est l’unique de sa mère,
la préférée de celle qui lui donna le jour.
Les jeunes filles la voient, et la disent heureuse ;
les reines et les concubines aussi, et elles la louent.

10. Qui est celle qui apparaît comme l’aurore,
belle comme la lune, pure comme le soleil,
mais terrible comme des troupes sous leurs bannières ?

11. Je suis descendue au jardin des noyers,
pour voir la verdure de la vallée,
pour voir si la vigne pousse,
si les grenadiers fleurissent.

12. Je ne sais, mais mon désir m’a rendue semblable
aux chars de mon noble peuple.


Cantique des cantiques 7


1. Reviens, reviens, Sulamithe !
Reviens, reviens, afin que nous te regardions.
Qu’avez-vous à regarder la Sulamithe
comme une danse de deux chœurs ?

2. Que tes pieds sont beaux dans ta chaussure, fille de prince !
Les contours de ta hanche sont comme des colliers,
œuvre des mains d’un artiste.

3. Ton sein est une coupe arrondie,
Où le vin parfumé ne manque pas ;
ton corps est un tas de froment,
entouré de lis.

4. Tes deux seins sont comme deux faons,
comme les jumeaux d’une gazelle.

5. Ton cou est comme une tour d’ivoire ;
tes yeux sont comme les étangs de Hesbon,
près de la porte de Bath-Rabbim ;
ton nez est comme la tour du Liban,
qui regarde du côté de Damas.

6. Ta tête est élevée comme le Carmel,
et les cheveux de ta tête sont comme la pourpre ;
un roi est enchaîné par des boucles !

7. Que tu es belle, que tu es agréable,
ô mon amour, au milieu des délices !

8. Ta taille ressemble au palmier,
et tes seins à des grappes.

9. Je me dis : Je monterai sur le palmier,
j’en saisirai les rameaux !
Que tes seins soient comme les grappes de la vigne,
le parfum de ton souffle comme celui des pommes,

10. et ta bouche comme un vin excellent,
Qui coule aisément pour mon bien-aimé,
et glisse sur les lèvres de ceux qui s’endorment !

11. Je suis à mon bien-aimé,
et ses désirs se portent vers moi.

12. Viens, mon bien-aimé, sortons dans les champs,
demeurons dans les villages !

13. Dès le matin nous irons aux vignes,
nous verrons si la vigne pousse, si la fleur s’ouvre,
si les grenadiers fleurissent.
Là je te donnerai mon amour.

14. Les mandragores répandent leur parfum,
et nous avons à nos portes tous les meilleurs fruits,
nouveaux et anciens :
Mon bien-aimé, je les ai gardés pour toi.


Cantique des cantiques 8


1. Oh ! que n’es-tu mon frère,
allaité des mamelles de ma mère !
Je te rencontrerais dehors, je t’embrasserais,
et l’on ne me mépriserait pas.

2. Je veux te conduire, t’amener à la maison de ma mère ;
tu me donneras tes instructions,
et je te ferai boire du vin parfumé,
du moût de mes grenades.

3. Que sa main gauche soit sous ma tête,
et que sa droite m’embrasse !

4. Je vous en conjure, filles de Jérusalem,
ne réveillez pas, ne réveillez pas l’amour,
avant qu’elle le veuille.

5. Qui est celle qui monte du désert,
appuyée sur son bien-aimé ?
Je t’ai réveillée sous le pommier ;
là ta mère t’a enfantée,

c’est là qu’elle t’a enfantée, qu’elle t’a donné le jour.
6. Mets-moi comme un sceau sur ton cœur,
comme un sceau sur ton bras ;
car l’amour est fort comme la mort,
la jalousie est inflexible comme le séjour des morts ;
ses ardeurs sont des ardeurs de feu,
une flamme de l’Éternel.

7. Les grandes eaux ne peuvent éteindre l’amour,
et les fleuves ne le submergeraient pas ;
quand un homme offrirait tous les biens de sa maison contre l’amour,
il ne s’attirerait que le mépris.

8. Nous avons une petite sœur, qui n’a point encore de mamelles ; que ferons-nous de notre sœur, le jour où on la recherchera ?

9. - Si elle est un mur, nous bâtirons sur elle des créneaux d’argent ; si elle est une porte, nous la fermerons avec une planche de cèdre.

10. - Je suis un mur, et mes seins sont comme des tours ; j’ai été à ses yeux comme celle qui trouve la paix.

11. Salomon avait une vigne à Baal-Hamon ; il remit la vigne à des gardiens ; chacun apportait pour son fruit mille sicles d’argent.

12. Ma vigne, qui est à moi, je la garde. À toi, Salomon, les mille sicles, et deux cents à ceux qui gardent le fruit !

13. Habitante des jardins ! Des amis prêtent l’oreille à ta voix. Daigne me la faire entendre !

14. Fuis, mon bien-aimé !
Sois semblable à la gazelle
ou au faon des biches,
sur les montagnes des aromates !
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Jeu 23 Juil - 18:38

je m'ennuie ....

Quoi de plus doux, pour tromper son ennui, que de lire le Cantique des cantiques?

J'adore les chants 2 et 5 ...
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Jeu 23 Juil - 18:57

SAN JUAN DE LA CRUZ

Canciones entre el alma y el Esposo


Esposa


1. ¿Adónde te escondiste,
Amado, y me dejaste con gemido?
Como el ciervo huiste,
habiéndome herido;
salí tras ti clamando, y eras ido.



2. Pastores, los que fuerdes
allá por las majadas al otero:
si por ventura vierdes
aquel que yo más quiero,
decidle que adolezco, peno y muero.



3. Buscando mis amores,
iré por esos montes y riberas;
ni cogeré las flores,
ni temeré las fieras,
y pasaré los fuertes y fronteras.



Pregunta a las criaturas


4. ¡Oh bosques y espesuras,
plantadas por la mano del Amado!
¡Oh prado de verduras,
de flores esmaltado!
Decid si por vosotros ha pasado.



Respuesta de las criaturas


5. Mil gracias derramando
pasó por estos sotos con presura,
e, yéndolos mirando,
con sola su figura
vestidos los dejó de hermosura.


Esposa


6. ¡Ay, quién podrá sanarme!
Acaba de entregarte ya de vero:
no quieras enviarme
de hoy más ya mensajero,
que no saben decirme lo que quiero.



7. Y todos cuantos vagan
de ti me van mil gracias refiriendo,
y todos más me llagan,
y déjame muriendo
un no sé qué que quedan balbuciendo.



8. Mas ¿cómo perseveras,
¡oh vida!, no viviendo donde vives,
y haciendo porque mueras
las flechas que recibes
de lo que del Amado en ti concibes?



9. ¿Por qué, pues has llagado
aqueste corazón, no le sanaste?
Y, pues me le has robado,
¿por qué así le dejaste,
y no tomas el robo que robaste?



10. Apaga mis enojos,
pues que ninguno basta a deshacellos,
y véante mis ojos,
pues eres lumbre dellos,
y sólo para ti quiero tenellos.



11. ¡Oh cristalina fuente,
si en esos tus semblantes plateados
formases de repente
los ojos deseados
que tengo en mis entrañas dibujados!



12. ¡Apártalos, Amado,
que voy de vuelo!



El Esposo


Vuélvete, paloma,
que el ciervo vulnerado
por el otero asoma
al aire de tu vuelo, y fresco toma.



La Esposa


13. Mi Amado, las montañas,
los valles solitarios nemorosos,
las ínsulas extrañas,
los ríos sonorosos,
el silbo de los aires amorosos,



14. la noche sosegada
en par de los levantes del aurora,
la música callada,
la soledad sonora,
la cena que recrea y enamora.



15. Nuestro lecho florido,
de cuevas de leones enlazado,
en púrpura tendido,
de paz edificado,
de mil escudos de oro coronado.



16. A zaga de tu huella
las jóvenes discurren al camino,
al toque de centella,
al adobado vino,
emisiones de bálsamo divino.



17. En la interior bodega
de mi Amado bebí, y cuando salía
por toda aquesta vega,
ya cosa no sabía;
y el ganado perdí que antes seguía.



18. Allí me dio su pecho,
allí me enseñó ciencia muy sabrosa;
y yo le di de hecho
a mí, sin dejar cosa:
allí le prometí de ser su Esposa.



19. Mi alma se ha empleado,
y todo mi caudal en su servicio;
ya no guardo ganado,
ni ya tengo otro oficio,
que ya sólo en amar es mi ejercicio.



20. Pues ya si en el ejido
de hoy más no fuere vista ni hallada,
diréis que me he perdido;
que, andando enamorada,
me hice perdidiza, y fui ganada.



21. De flores y esmeraldas,
en las frescas mañanas escogidas,
haremos las guirnaldas
en tu amor florecidas
y en un cabello mío entretejidas.



22. En solo aquel cabello
que en mi cuello volar consideraste,
mirástele en mi cuello,
y en él preso quedaste,
y en uno de mis ojos te llagaste.



23. Cuando tú me mirabas
su gracia en mí tus ojos imprimían;
por eso me adamabas,
y en eso merecían
los míos adorar lo
que en ti vían.



24. No quieras despreciarme,
que, si color moreno en mi hallaste,
ya bien puedes mirarme
después que me miraste,
que gracia y hermosura en mi dejaste.



25. Cogednos las raposas,
que está ya florecida nuestra viña,
en tanto que de rosas
hacemos una piña,
y no parezca nadie en la montiña.



26. Detente, cierzo muerto;
ven, austro, que recuerdas los amores,
aspira por mi huerto,
y corran sus olores,
y pacerá el Amado entre las flores.



Esposo


27. Entrado se ha la esposa
en el ameno huerto deseado,
y a su sabor reposa,
el cuello reclinado
sobre los dulces brazos del Amado.



28. Debajo del manzano,
allí conmigo fuiste desposada.
allí te di la mano,
y fuiste reparada
donde tu madre fuera violada.



29. A las aves ligeras,
leones, ciervos, gamos saltadores,
montes, valles, riberas,
aguas, aires, ardores
y miedos de las noches veladores,



30. Por las amenas liras
y canto de serenas os conjuro
que cesen vuestras iras,
y no toquéis al muro,
porque la esposa duerma más seguro.



Esposa


31. Oh ninfas de Judea!,
en tanto que en las flores y rosales
el ámbar perfumea,
morá en los arrabales,
y no queráis tocar nuestros umbrales



32. Escóndete, Carillo,
y mira con tu haz a las montañas,
y no quieras decillo;
mas mira las compañas
de la que va por ínsulas extrañas



Esposo


33. La blanca palomita
al arca con el ramo se ha tornado
y ya la tortolica
al socio deseado
en las riberas verdes ha hallado.



34. En soledad vivía,
y en soledad ha puesto ya su nido,
y en soledad la guía
a solas su querido,
también en soledad de amor herido.



Esposa


35. Gocémonos, Amado,
y vámonos a ver en tu hermosura
al monte ó al collado
do mana el agua pura;
entremos más adentro en la espesura.



36. Y luego a las subidas
cavernas de la piedra nos iremos,
que están bien escondidas,
y allí nos entraremos,
y el mosto de granadas gustaremos



37. Allí me mostrarías
aquello que mi alma pretendía,
y luego me darías
allí, tú, vida mía,
aquello que me diste el otro día:



38. El aspirar del aire,
el canto de la dulce Filomena,
el soto y su donaire,
en la noche serena,
con llama que consume y no da pena



39. Que nadie lo miraba,
Aminadab tampoco parecía,
y el cerco sosegaba,
y la caballería
a vista de las aguas descendía.
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Jeu 23 Juil - 18:58

trop classe comme réécriture du Cantique des cantiques.

Ma préférée
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Roman russe
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Jeu 27 Aoû - 17:33

Pauvre petit cœur sur la main,
La vie n’est pas folle pour nous
De sourires, ni de festins,
Ni de fêtes : et, de gros sous ?

Elle ne nous a pas gâtés
Et ne nous fait pas bon visage
Comme on fait à ces Enfants sages
Que nous sommes, en vérité.

Si sages nous ! Et, si peu fière
Notre façon d’être avec elle ;
Francs aussi, comme la lumière
Nous voudrions la trouver belle

Autant que d’Autres — pourtant quels ?
Et pieux, charger ses autels
Des plus belles fleurs du parterre
Et des meilleurs fruits de la terre.

Mais d’ailleurs, nous ne lui devrons
Que du respect, tout juste assez,
Qu’il faut professer envers ces
Empêcheurs de danser en rond.

Laforgue.
Quel coquin.
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Lun 31 Aoû - 4:37

Le Chiffre de la Nuit

Très près, très loin, plus embrouillée de noir et de méprise
que de sable et de temps les princes de basalte
endormis au plus profond du sable, en Asie grise,
une étoile obstinée nous contraint à la halte.

Au creux de son armure un chevalier très mort,
et depuis très longtemps devenu herbe et chaux
se souvient de nous deux et d'avoir eu nos corps
et de notre sommeil se fait un peu de chaud.

Le chiffre que le songe organise en nous liant,
tressant et détressant nos jambes et nos bras,
la nuit l'a déjà lu sur son parcours patient:
il s'écrivait déjà quand nous n'étions pas là.

Nous émergeons toujours à l'instant du sourire
qui nous rend l'un à l'autre et le jour à ta joue
de cette fausse mort de fable et de délire
pour retrouver la vraie, qui sait nous mettre en joue.

Claude Roy.
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Jeu 10 Sep - 11:25

Il fera longtemps clair ce soir, les jours allongent,
La rumeur du jour vif se disperse et s'enfuit,
Et les arbres, surpris de ne pas voir la nuit,
Demeurent éveillés dans le soir blanc, et songent...

Les marronniers, sur l'air plein d'or et de lourdeur,
Répandent leurs parfums et semblent les étendre ;
On n'ose pas marcher ni remuer l'air tendre
De peur de déranger le sommeil des odeurs.

De lointains roulements arrivent de la ville...
La poussière, qu'un peu de brise soulevait,
Quittant l'arbre mouvant et las qu'elle revêt,
Redescend doucement sur les chemins tranquilles.

Nous avons tous les jours l'habitude de voir
Cette route si simple et si souvent suivie,
Et pourtant quelque chose est changé dans la vie,
Nous n'aurons plus jamais notre âme de ce soir...



Anna de Noailles, le Cœur Innombrable
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Jeu 10 Sep - 13:47

il est très beau
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Roman russe
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Mar 20 Oct - 19:07

Déclarer son nom

J'avais dix ans. La Sorgue m'enchâssait. Le soleil chantait les heures sur le sage cadran des eaux. L'insouciance et la douleur avaient scellé le coq de fer sur le toit des maisons et se supportaient ensemble. Mais quelle roue dans le cœur de l'enfant aux aguets tournait plus fort, tournait plus vite que celle du moulin dans son incendie blanc ?

René Char.
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Mar 20 Oct - 19:36

I love you
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Sam 5 Déc - 10:16

Bureau de tabac, par Fernando Pessoa.


Je ne suis rien
Jamais je ne serai rien.
Je ne puis vouloir être rien.
Cela dit, je porte en moi tous les rêves du monde.

Fenêtres de ma chambre,
de ma chambre dans la fourmilière humaine unité ignorée
(et si l’on savait ce qu’elle est, que saurait-on de plus ?),
vous donnez sur le mystère d’une rue au va-et-vient continuel,
sur une rue inaccessible à toutes les pensées,
réelle, impossiblement réelle, précise, inconnaissablement précise,
avec le mystère des choses enfoui sous les pierres et les êtres,
avec la mort qui parsème les murs de moisissure et de cheveux blancs les humains,
avec le destin qui conduit la guimbarde de tout sur la route de rien.

Je suis aujourd’hui vaincu, comme si je connaissais la vérité;
lucide aujourd’hui, comme si j’étais à l’article de la mort,
n’ayant plus d’autre fraternité avec les choses
que celle d’un adieu, cette maison et ce côté de la rue
se muant en une file de wagons, avec un départ au sifflet venu du fond de ma tête,
un ébranlement de mes nerfs et un grincement de mes os qui démarrent.

Je suis aujourd’hui perplexe, comme qui a réfléchi, trouvé, puis oublié.
Je suis aujourd’hui partagé entre la loyauté que je dois
au Bureau de Tabac d’en face, en tant que chose extérieurement réelle
et la sensation que tout est songe, en tant que chose réelle vue du dedans.

J’ai tout raté.
Comme j’étais sans ambition, peut-être ce tout n’était-il rien.
Les bons principes qu’on m’a inculqués,
je les ai fuis par la fenêtre de la cour.
Je m’en fus aux champs avec de grands desseins,
mais là je n’ai trouvé qu’herbes et arbres,
et les gens, s’il y en avait, étaient pareils à tout le monde.
Je quitte la fenêtre, je m’assieds sur une chaise. À quoi penser ?

Que sais-je de ce que je serai, moi qui ne sais pas ce que je suis ?
Être ce que je pense ? Mais je crois être tant et tant !
Et il y en a tant qui se croient la même chose qu’il ne saurait y en avoir tant!
Un génie ? En ce moment
cent mille cerveaux se voient en songe génies comme moi-même
et l’histoire n’en retiendra, qui sait ?, même pas un ;
du fumier, voilà tout ce qui restera de tant de conquêtes futures.
Non, je ne crois pas en moi.
Dans tous les asiles il y a tant de fous possédés par tant de certitudes !
Moi, qui n’ai point de certitude , suis-je plus assuré, le suis-je moins ?
Non, même pas de ma personne…
En combien de mansardes et de non-mansardes du monde
n’y a-t-il à cette heure des génies-pour-soi-même rêvant ?
Combien d’aspirations hautes, lucides et nobles –
oui, authentiquement hautes, lucides et nobles –
et, qui sait peut-être réalisables…
qui ne verront jamais la lumière du soleil réel et qui
tomberont dans l’oreille des sourds ?
Le monde est à qui naît pour le conquérir,
et non pour qui rêve, fût-ce à bon droit, qu’il peut le conquérir.
J’ai rêvé plus que jamais Napoléon ne rêva.
Sur mon sein hypothétique j’ai pressé plus d’humanité que le Christ,
j’ai fait en secret des philosophies que nul Kant n’a rédigées,
mais je suis, peut-être à perpétuité, l’individu de la mansarde,
sans pour autant y avoir mon domicile :
je serai toujours celui qui n’était pas né pour ça ;
je serai toujours, sans plus, celui qui avait des dons ;
je serai toujours celui qui attendait qu’on lui ouvrît la porte
auprès d’un mur sans porte
et qui chanta la romance de l’Infini dans une basse-cour,
celui qui entendit la voix de Dieu dans un puits obstrué.
Croire en moi ? Pas plus qu’en rien…
Que la Nature déverse sur ma tête ardente
son soleil, sa pluie, le vent qui frôle mes cheveux ;
quant au reste, advienne que pourra, ou rien du tout…

Esclaves cardiaques des étoiles,
nous avons conquis l’univers avant de quitter nos draps,
mais nous nous éveillons et voilà qu’il est opaque,
nous nous éveillons et voici qu’il est étranger,
nous franchissons notre seuil et voici qu’il est la terre entière,
plus le système solaire et la Voie lactée et le Vague Illimité.

(Mange des chocolats, fillette ;
mange des chocolats !
Dis-toi bien qu’il n’est d’autre métaphysique que les chocolats,
dis-toi bien que les religions toutes ensembles n’en apprennent
pas plus que la confiserie.
Mange, petite malpropre, mange !
Puissé-je manger des chocolats avec une égale authenticité !
Mais je pense, moi, et quand je retire le papier d’argent, qui d’ailleurs est d’étain,
je flanque tout par terre, comme j’y ai flanqué la vie.)
Du moins subsiste-t-il de l’amertume d’un destin irréalisé
la calligraphie rapide de ces vers,
portique délabré sur l’Impossible,
du moins, les yeux secs, me voué-je à moi-même du mépris,
noble, du moins, par le geste large avec lequel je jette dans le mouvant des choses,
sans note de blanchisseuse, le linge sale que je suis
et reste au logis sans chemise.

(Toi qui consoles, qui n’existes pas et par là même consoles,
ou déesse grecque, conçue comme une statue douée du souffle,
ou patricienne romaine, noble et néfaste infiniment,
ou princesse de troubadours, très- gente et de couleurs ornée,
ou marquise du dix-huitième, lointaine et fort décolletée,
ou cocotte célèbre du temps de nos pères,
ou je ne sais quoi de moderne – non, je ne vois pas très bien quoi –
que tout cela, quoi que ce soit, et que tu sois, m’inspire s’il se peut !
Mon coeur est un seau qu’on a vidé.
Tels ceux qui invoquent les esprits je m’invoque
moi-même sans rien trouver.
Je viens à la fenêtre et vois la rue avec une absolue netteté.
Je vois les magasins et les trottoirs, et les voitures qui passent.
Je vois les êtres vivants et vêtus qui se croisent,
je vois les chiens qui existent eux aussi,
et tout cela me pèse comme une sentence de déportation,
et tout cela est étranger, comme toute chose. )

J’ai vécu, aimé – que dis-je ? j’ai eu la foi,
et aujourd’hui il n’est de mendiant que je n’envie pour le seul fait qu’il n’est pas moi.
En chacun je regarde la guenille, les plaies et le mensonge
et je pense : « peut-être n’as-tu jamais vécu ni étudié, ni aimé, ni eu la foi »
(parce qu’il est possible d’agencer la réalité de tout cela sans en rien exécuter) ;
« peut-être as-tu à peine existé, comme un lézard auquel on a coupé la queue,
et la queue séparée du lézard frétille encore frénétiquement ».

J’ai fait de moi ce que je n’aurais su faire,
et ce que de moi je pouvais faire je ne l’ai pas fait.
Le domino que j’ai mis n’était pas le bon.
On me connut vite pour qui je n’étais pas, et je n’ai pas démenti et j’ai perdu la face.
Quand j’ai voulu ôter le masque
je l’avais collé au visage.
Quand je l’ai ôté et me suis vu dans le miroir,
J’avais déjà vieilli.
J’étais ivre, je ne savais plus remettre le masque que je n’avais pas ôté.
Je jetai le masque et dormis au vestiaire
comme un chien toléré par la direction
parce qu’il est inoffensif –
et je vais écrire cette histoire afin de prouver que je suis sublime.

Essence musicale de mes vers inutiles,
qui me donnera de te trouver comme chose par moi créée,
sans rester éternellement face au Bureau de Tabac d’en face,
foulant aux pieds la conscience d’exister,
comme un tapis où s’empêtre un ivrogne,
comme un paillasson que les romanichels ont volé et qui ne valait pas deux sous.

Mais le patron du Bureau de Tabac est arrivé à la porte, et à la porte il s’est arrêté.
Je le regarde avec le malaise d’un demi-torticolis
et avec le malaise d’une âme brumeuse à demi.
Il mourra, et je mourrai.
Il laissera son enseigne, et moi des vers.
À un moment donné mourra aussi l’enseigne, et
mourront aussi les vers de leur côté.
Après un certain temps mourra la rue où était l’enseigne,
ainsi que la langue dans laquelle les vers furent écrits.
Puis mourra la planète tournante où tout cela s’est produit.
En d’autres satellites d’autres systèmes cosmiques, quelque chose
de semblable à des humains
continuera à faire des genres de vers et à vivre derrière des manières d’enseignes,
toujours une chose en face d’une autre,
toujours une chose aussi inutile qu’une autre,
toujours une chose aussi stupide que le réel,
toujours le mystère au fond aussi certain que le sommeil du mystère de la surface,
toujours cela ou autre chose, ou bien ni une chose ni l’autre.

Mais un homme est entré au Bureau de Tabac (pour acheter du tabac ?)
et la réalité plausible s’abat sur moi soudainement.
Je me soulève à demi, énergique, convaincu, humain,
et je vais méditer d’écrire ces vers où je dis le contraire.
J’allume une cigarette en méditant de les écrire
et je savoure dans la cigarette une libération de toutes les pensées.
Je suis la fumée comme un itinéraire autonome, et je goûte, en un moment sensible et compétent,
la libération en moi de tout le spéculatif
et la conscience de ce que la métaphysique est l’effet d’un malaise passager.

Ensuite je me renverse sur ma chaise
et je continue à fumer
Tant que le destin me l’accordera je continuerai à fumer.

(Si j’épousais la fille de ma blanchisseuse,
peut-être que je serais heureux.)
Là-dessus je me lève. Je vais à la fenêtre.

L’homme est sorti du bureau de tabac (n’a-t-il pas mis la
monnaie dans la poche de son pantalon?)
Ah, je le connais: c’est Estève, Estève sans métaphysique.
(Le patron du bureau de tabac est arrivé sur le seuil.)
Comme mû par un instinct sublime, Estève s’est retourné et il m’a vu.
Il m’a salué de la main, je lui ai crié: « Salut Estève ! », et l’univers
s’est reconstruit pour moi sans idéal ni espérance, et le
patron du Bureau de Tabac a souri.
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Dim 3 Jan - 3:05

Jacques Bertin

Les lettres que je vous écrivis, brûlez-les.
Les poèmes le long texte le fruit long des yeux inflammables
Les soies de nos espérances les demi-mots en amandes tout l'ineffable
Brûlez sur l'ardoise de l'écolière l'arbre au sang ineffaçable
Je ne veux pas qu'autre que vous touche à ces trésors - brûlez-les!
Mais cette fois vous vous appliquerez plus que dans l'amour, s'il vous plaît
Et je brûle longtemps (en vous, vous le sentez, je brûlerai)
Ne confiez pas mes mots à quelque messagère de passage
Tandis que vous n'aurez pas eu le courage - pas le courage...

C'est aussi pour l'honneur de vous que je vous le demande
Je ne veux pas qu'un inconnu à ma porte me tende
Venant de vous mon cœur plié en seize un jour dans un paquet
Même dans très longtemps; surtout dans très longtemps. C'est par respect
Pour vous-même. Comme si tout avait eu jadis beaucoup d'importance
Comme si nous n'étions pas des animaux à courir la chance
Au bonheur, ou des épiciers à leurs bocaux, la demoiselle à son bouquet
Comme s'il n'était pas vrai qu'un jour ou l'autre tout s'oublierait
Comme si contre l'amour rien et ni le temps ne se pouvait
Comme si l'amour avait eu dans votre vie plus d'importance
Que votre vie même et j'avais raison de vous croire absolue dans ces sommets


C'est vous qui parliez de sublime et c'est moi qui vous tance...
L'artiste mineur est sublime tandis que la jolie femme danse
Sublime: je veux vous rappeler ce mot qui reste sans rime
Parce qu'il est à moi seul et vide et veuf désormais
Et vous ne pourrez pas même dans vingt ans faire qu'autrefois
Il n'y ait pas eu un mensonge de vous-même dans ce choix

Vous avez trahi la part de vous-même qui cherche l'orage
Vous avez choisi le parti des parapluies et des ombrelles les gens sages
Ceux que les peintres peignent sans visage
Trahi la jeune écolière qui pleurait dans le paysage
(Et je courais vers toi déjà t'en souviens-tu à contre-voie)
La jeune femme qui voulait être une artiste je suis celui qui la voit
Tandis que les passagers dans le wagon des premières
L'accompagnent vers Venise et Florence et Delphes, passagère
Qui ne donnera plus à ses propres yeux que spectacle de passer
Mais en marchant de plus en plus lentement et ne vivant plus assez
Pour se nourrir de telle force naissant de telle révolte
Vous ferez dans des bals des grâces des minauderies des voltes
Et on applaudira -vous vous ennuierez un peu dans des bras
Vous regretterez sans l'oser les mots brillants l'âme si vive
Que je suis le seul à connaître bien : je t'aime pour cela,
Cette fracture. Mais tu es tombée dans le courant et tu dérives
C'est vers la source qu'il fallait monter oh plus avant
Et tu te noies dans ton costume de jolie femme ô bel animal savant
O ces navires amiraux les gloriettes tout le carton-pâte
Allez, et la frime sur la corniche et toute la vie à l'épate
Allez perdue avec un regard en papier-crépon
Dansez comme une débutante au bal d'un chef-lieu de canton
À la marine du bassin ! à toute la vie qui est belle !
Votre peur fait de vous la plus convoitée parmi les anciennes demoiselles
À vous ! Prenez le gouvernail allons-y et faites la fière
Dites en montant du menton: je sais le faire !
On vous admire on ne voit pas votre terreur. La terre entière
Est conquise par votre épée d'une syllabe et ce rire ; ainsi je le fus
Puis vous aurez peur et vous aurez comme toujours tout perdu
Je ne suis qu'un auteur naïf et mon pinceau c'est ce gourdin
Avec lequel j'annonce des présences loin - comme l'indien
Or le soir sombre vous effraie qui colore la toile, et charge
Mon désespoir vous effraya - avez-vous dit- or il était le vent du large
Qui fait d'un carré de bois pour cent balles dans une vitrine un vrai tableau
Où le sublime s'engouffre soudain avec un mufle de taureau
Calme. Dans vous. Mais vous n'avez voulu tenter que les succès d'estime
Des vernissages; pas cette fréquentation trop risquée de l'abîme
Qui est un homme et où l'on construit on ne sait quoi longuement
Un avenir, peut-être, qui maugrée dans la soute et qui craque du gréement...
Mais vous voguez ! Vous irez au Frioul avec pas trop surtout de toile
Le creux de votre main comme esquif et votre souffle allant dans la voile
(Votre désespoir à vous est caché dans l'ombre blanche des montagnes
Terribles qui surplombe votre ville et vous tient en otage)
Tu as trahi ton désir et tu régates. Personne n'en voudra
À la jolie femme brillante qui vieillit dans son veuvage
D'elle-même et absurde mais ne peut pas se sentir coupable
De n'avoir trouvé rien sous ses escarpins de saison
D'avoir manqué l'aventure l'orage la chanson
Quand la première flûte de champagne vous a des airs de mousson


C'est juste un tour ce dimanche en bateau que tu vas faire
Puisque rien n'eut d'importance et un trou dans l'eau
De la rade le bon paysage indulgent le tableau moyen et la vie ma chère !
On jette le colis le geste est net et sans colère on retient son chapeau
On a parfaitement assumé tout ce passé su tourner des pages
On n'est pas vissé à des fidélités on reste d'ailleurs bien pour son âge
On voit la vie comme elle est : nulle, on rit un peu plus qu'on devrait
On est en bonne santé on a de l'appétit tous les avenirs qu'on veut
On prendra cet hiver quelques jours à Venise et oh les masques!
On doit avoir un mari qui assure avec des légions d'honneur et doré un casque
Allez, on jette les lettres du fou.
Pauvre garçon je lui pardonne
Les poèmes, tout ce fatigant ! C'est dommage.
Ah je suis bonne...
Il ne sut pas me rassurer, vois-tu.
Tu vois je suis rassurée désormais

Le drap de lit sur le visage de la rade se met à brûler soudain, on dirait

Étrangement tu as senti sitôt après le geste une brûlure
Remontant du néant énorme par le trou de la blessure
Immense qui déchire à présent la toile où tu étais si bien ce matin
Et la mer a tourné au rouge dans le tableau.
À la fin
Tu auras mis le doigt sur ta propre fêlure...
Quelque chose vivait donc là ?
Quelque chose vivait ?
Et la mer est teintée de rouge - où est le peintre ? L'on s'aimait
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MessageSujet: Re: les jolis poèmes (ou extraits)   Ven 19 Aoû - 13:30

Frères, parmi les dons de Dieu, vous cherchez à obtenir ce qu’il y a de meilleur. Eh bien, je vais vous indiquer une voie supérieure à toutes les autres. J’aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, et toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien.
L’amour prend patience; l’amour rend service; l’amour ne jalouse pas; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil; il ne fait rien de malhonnête; il ne cherche pas son intérêt; il ne s’emporte pas; il n’entretient pas de rancune; il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne passera jamais. Un jour, les prophéties disparaîtront, le don des langues cessera, la connaissance que nous avons de Dieu disparaîtra.
En effet, notre connaissance est partielle, nos prophéties sont partielles. Quand viendra l’achèvement, ce qui est partiel disparaîtra. Quand j’étais un enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Maintenant que je suis un homme, j’ai fait disparaître ce qui faisait de moi un enfant. Nous voyons actuellement une image obscure dans un miroir; ce jour-là, nous verrons face à face.
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